Comment l’emploi de «mauvais» mots dans les appels et les messages peut engendrer une punition en Chine

Par JOCELYN NEO
21 janvier 2020 Mis à jour: 21 janvier 2020
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Aux États-Unis et dans d’autres parties du monde où la liberté d’expression est très appréciée et mise en valeur, les gens n’ont généralement pas à craindre que le fait d’exprimer leurs opinions sur le gouvernement ou ses politiques puisse entraîner des sanctions. Toutefois, ce n’est pas le cas en Chine.

Depuis des années, la populaire application de messagerie chinoise WeChat a régulièrement fait les gros titres pour avoir censuré le contenu de ses utilisateurs et l’avoir partagé avec le Parti communiste chinois (PCC). Ceux qui ont été reconnus coupables de diffuser des messages jugés « sensibles » par le régime peuvent être condamnés à une peine d’emprisonnement.

Cette image d’illustration montre le logo de l’application de messagerie instantanée chinoise WeChat sur l’écran d’une tablette. (©Getty Images | MARTIN BUREAU/AFP)

Surveillance des appels et des messages

Par exemple, le militant taïwanais Lee Ming-che a été arrêté en 2017 à son arrivée en Chine. Il a ensuite été condamné pour « subversion » après avoir été reconnu « coupable » d’avoir envoyé des messages pro-démocratiques à d’autres personnes par le biais de WeChat et d’autres plateformes de messagerie.

« Il n’y a tout simplement pas de vie privée en Chine. Les médias sociaux, les appels et les messages sur les téléphones portables sont tous sous surveillance », a déclaré un ancien employé de la China Mobile Online Services Company à Bitter Winter, un magazine sur la liberté religieuse et les droits de l’homme en Chine. L’entreprise est une filiale de China Mobile Limited, la société d’État et le plus important fournisseur de services de télécommunications en Chine.

L’ancien employé, qui a demandé à rester anonyme, était l’un des plus de 500 membres du personnel chargés de surveiller les appels et les messages. Il a ensuite révélé comment le régime chinois contrôlait ses citoyens.

Panneau publicitaire de China Mobile sur le côté d’un bâtiment. (©Getty Images | DANIEL SORABJI/AFP)

« Si quelqu’un dit quelque chose jugé défavorable au PCC, il sera puni. Chaque personne est surveillée et contrôlée sous prétexte de ‘réprimer le harcèlement’ », a-t-il révélé.

Mots sensibles

L’homme a confié au magazine que des mots comme « Dieu tout-puissant » et « Falun Gong » étaient classés comme « sensibles ». Même les phrases qui indiquent le retrait de l’adhésion au Parti communiste et à son organisation affiliée, la Ligue de la jeunesse communiste, sont surveillées de près.

Il a ajouté que « des mesures immédiates seront prises pour intercepter les messages qui mentionnent le prélèvement d’organes du PCC sur les pratiquants de Falun Gong afin de prévenir les fuites ».

Le Falun Gong, aussi connu sous le nom de Falun Dafa, est une ancienne discipline spirituelle basée sur les principes d’Authenticité, Bienveillance et Tolérance, et consiste en cinq séries d’exercices pacifiques. Introduite en Chine en 1992, la pratique s’est répandue par le bouche-à-oreille, car les gens en tiraient un bénéfice physique et moral. Cependant, en 1999, une campagne de répression massive a été lancée après que le régime ait vu entre 70 et 100 millions de ses citoyens – plus que le nombre de membres adhérents du PCC – adopter le Falun Gong.

Après le début de la persécution, de nombreux pratiquants de Falun Gong ont été arrêtés et détenus dans des prisons, des camps de travail et des centres de lavage de cerveau où ils ont été torturés à plusieurs reprises. Au cours des dernières années, les médias du monde entier ont rapporté que le régime chinois a prélevé des organes de prisonniers de conscience, la majorité étant des pratiquants de Falun Gong.

Des pratiquants de Falun Gong effectuent le cinquième exercice de Falun Dafa. (©The Epoch Times | Samira Bouaou)

L’ancien membre du personnel a déclaré qu’un système est mis en place pour détecter toute information sensible, et que les utilisateurs qui partagent ce genre d’information s’exposent à des sanctions, l’entreprise leur coupant le service.

« Si des mots sensibles étaient détectés lors d’appels téléphoniques, dans des MMS, des SMS ou des messages sur des sites de réseautage social comme WeChat, le système intercepterait automatiquement l’information et les services des utilisateurs seraient désactivés instantanément, ce qui empêcherait ces personnes de passer des appels téléphoniques ou d’envoyer des messages », a-t-il dit.

Pour pouvoir utiliser à nouveau le service, les utilisateurs devraient se rendre au centre de services de la société de télécommunications « avec leur carte d’identité et écrire une déclaration promettant de ne plus jamais partager d’informations sensibles ». Toutefois, la désactivation du service est considérée comme une peine mineure.

Dans un cas, l’employé a déclaré qu’un homme de la province de Fujian s’était vu interdire de voyager et avait vu son passeport détruit parce qu’il avait fait des commentaires « insultants pour le gouvernement » et qui « troublaient l’ordre public ».

Le niveau de surveillance exercé par une entreprise de télécommunications peut être assez surprenant pour ceux qui ne connaissent pas les tactiques du régime chinois. Cependant, il y a pire que cela.

Avertissement d’un expert en technologies de l’information anonyme

Epoch Times a déjà rapporté un avertissement diffusé par un pratiquant de Falun Gong en Chine qui travaillait dans l’industrie des technologies de l’information. Il a partagé anonymement sur l’Internet comment l’utilisation des téléphones portables peut mettre en danger la vie d’autres pratiquants de Falun Gong.

L’expert a déclaré que le régime avait recueilli un large éventail d’informations sur ses citoyens. Certains de ces renseignements comprennent l’emplacement d’un utilisateur et ses itinéraires de voyage, des photos prises avec des téléphones (le régime peut pirater les appareils photo et prendre des photos et des vidéos supplémentaires), des empreintes digitales grâce à la fonction « déverrouiller avec les empreintes digitales », des empreintes vocales, des renseignements sur les messages échangés, des sites Web et des services auxquels l’utilisateur a accédé, et des coordonnées provenant de son répertoire téléphonique.

Des journalistes visitent la vitrine de la transformation numérique Huawei à Shenzhen, dans la province chinoise du Guangdong. (©Getty Images | WANG ZHAO/AFP)

Il a également expliqué comment un téléphone inactif peut devenir un dispositif d’écoute : le téléphone sera activé dès qu’il détectera un « mot déclencheur » dans la conversation d’une personne (bien que la personne ne soit pas en communication) et procédera à l’enregistrement de la conversation et enverra l’ensemble de la conversation au régime.

« Dès lors, ce téléphone portable est réglé pour une surveillance à long terme, en utilisant les différentes méthodes de surveillance susmentionnées », a-t-il écrit. « Grâce au répertoire des contacts du téléphone, à l’enregistrement des appels et au logiciel de chat, le PCC localise ensuite d’autres pratiquants à surveiller. »

Reconnaissance faciale obligatoire en Chine

Pour tenter de resserrer le contrôle du cyberespace, à partir du 1er décembre 2019, le régime chinois a exigé de tous les opérateurs de télécommunications qu’ils recueillent les scans faciaux des personnes qui demandent un nouveau compte téléphonique. Cette mesure a suscité des préoccupations en matière de surveillance chez les experts et les résidents. Un homme surnommé Wang, de la ville chinoise de Nanjing, a déclaré à Radio Free Asia : « Le système de reconnaissance faciale est très effrayant. Après l’installation du réseau 5G [nouvelle génération de télécommunications] dans la plupart des régions du pays, ils [le gouvernement] peuvent vous trouver à tout moment. »

Il a également ajouté que deux autres collègues ont dû subir des scanners faciaux lorsqu’ils ont demandé de nouveaux téléphones portables.

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