L’équilibre de la beauté

Atteindre l'intérieur: ce que l'art traditionnel offre comme réflexion sur nous-mêmes
28 mai 2022 Mis à jour: 13 juin 2022
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Gustave Moreau est un peintre symboliste du XIXe siècle. Pour les symbolistes, l’art du XVIIIe siècle était trop scientifique et avait écarté la spiritualité des sujets ou des compositions.

Les artistes se trouvaient également en concurrence avec l’appareil photo nouvellement inventé. Ne voulant se contenter de reproduire la réalité comme le faisaient désormais les appareils photo ni ignorer le spirituel comme leurs prédécesseurs, les symbolistes ont entrepris de représenter le monde suprasensible, l’harmonie entre l’âme et la nature.

Selon le site du Musée Gustave Moreau : « Moreau ambitionnait de créer une œuvre où l’âme pût trouver, selon ses propres mots : toutes les aspirations de rêve, de tendresse, d’amour, d’enthousiasme, et d’élévation religieuse vers les sphères supérieures, tout y étant haut, puissant, moral, bienfaisant, tout y étant joie d’imagination de caprices et d’envolées lointaines aux pays sacrés, inconnus, mystérieux. La peinture de Moreau doit faire davantage rêver que penser. Elle vise à transporter le spectateur vers un autre monde. »

Le site met ensuite en exergue une citation du peintre :

« C’est la langue de Dieu ! Un jour viendra où l’on comprendra l’éloquence de cet art muet ; c’est cette éloquence dont le caractère et la puissance sur l’esprit n’ont pu être défini, à laquelle j’ai donné tous mes soins, tous mes efforts : l’évocation de la pensée par la ligne, l’arabesque et les moyens plastiques, voilà mon but. »

De santé fragile, le jeune Gustave dessine depuis l’âge de six ans, encouragé par son père qui lui inculque une culture classique. Gustave Moreau se met à étudier avec ardeur les peintres du passé. Il se rend en Italie et étudie les œuvres des peintres de la Renaissance, notamment Léonard de Vinci, Raphaël et Michel‑Ange. Ces maîtres ne manqueront pas de l’inspirer et il réutilisera à sa façon leurs techniques.

« Persée et Andromède », entre 1867-1869, par Gustave Moreau. Collection privée. (Domaine public)

Persée et Andromède

Vers 1867, Gustave Moreau entame son Persée et Andromède, basé sur le célèbre mythe grec qui relate la victoire de Persée sur le monstre marin Céto auquel Andromède avait été offerte en sacrifice. Voilà un des grands mythes optimistes et splendides de la théogonie grecque, une histoire d’amour et de courage.

Cassiopée, ayant proclamé que sa fille (ou, selon d’autres versions, elle‑même) était d’une beauté égale à celle des Néréides, les nymphes marines qui servent d’escorte à Poséidon, s’attire la colère de ce dernier. Pour se venger, le dieu de la mer provoque une inondation et envoie un monstre marin (Céto) pour dévaster le pays. Désespéré, le roi Céphée consulte l’oracle d’Ammon. Celui‑ci lui révèle qu’aucun répit n’aura lieu tant que le roi n’aura pas livré sa fille au monstre. Andromède est donc enchaînée nue à un rocher près du rivage. Persée, de retour après sa victoire sur la Gorgone Méduse, l’aperçoit du haut de son cheval ailé, le Pégase, et tombe immédiatement amoureux d’elle. Il promet à Céphée de tuer le monstre à condition de pouvoir l’épouser. Il attaque alors le monstre avec son glaive et le massacre après une lutte acharnée au corps à corps durant laquelle il le pétrifie grâce à la tête de Méduse.

La déesse Athéna promet à Andromède une place dans le ciel en tant que constellation.

La beauté comme équilibre

Gustave Moreau dépeint le moment où Persée plonge avec Pégase pour récupérer Andromède. Le pied gauche d’Andromède est enchaîné au rocher, et le monstre marin menace par en bas. Persée oriente la tête de Méduse vers le monstre marin pour le transformer en pierre.

Le tableau est globalement divisé en deux, avec tous les personnages (sauf le monstre) concentrés à gauche et un espace vide à droite. En bas à droite, deux rochers se rejoignent en forme de flèche qui pointe sur la queue du monstre marin.

Le monstre marin fixe Andromède. Celle‑ci en tant que point focal, occupe le centre de la composition. Andromède se couvre modestement, et son corps possède une courbe élégante.

Se détachant étrangement d’Andromède, apparaît Pégase. Son énergie correspond à celle de la Méduse, il a les yeux écarquillés et les coins de la bouche tirés vers le bas. Les yeux de la Méduse, la tête de Pégase et le vêtement rouge de Persée ramènent notre regard vers le monstre marin et nous invite à recommencer le parcours vers le haut.

Pour l’amour de la beauté

Pourquoi la partie de gauche est‑elle surchargée quand celle de droite est pratiquement vide ? Pourquoi Moreau a‑t‑il fait d’Andromède le point focal ? Pourquoi Pégase semble en détresse ?

Les côtés droit et gauche de la composition tendent à symboliser un équilibre. Selon les symbolistes, l’art du XVIIIe siècle était déséquilibré, devenu trop scientifique. L’art a aussi besoin d’une âme, d’émotions. Le tableau suggère que la beauté est le résultat de cet équilibre : lorsque rien ne peut être ajouté ou soustrait, c’est là que nous pouvons trouver la beauté.

La beauté de nos propres âmes dépend‑elle de l’équilibre entre l’esprit et les émotions ?

C’est ce que semble suggéré la composition du tableau et c’est probablement pour cela qu’Andromède – personnification symbolique de la beauté et donc de l’équilibre – est au centre, démarquant un côté foisonnant et un autre épuré. Ici, la beauté est modeste, élégante, et calme malgré le danger environnant. La beauté est souple et se fond avec son environnement.

Par contraste, le monstre marin est un symbole de laideur et de détresse. La laideur est‑elle confusion et manque d’équilibre ? Il y a toujours un risque que la laideur prenne le dessus sur le beau lorsque les émotions basées sur des désirs insatisfaits deviennent extrêmes.

Persée protège la beauté en pétrifiant la laideur. La laideur, constituée d’émotions extrêmes et de désirs insatisfaits, peut être transformée en pierre, suggère l’artiste. Il est donc possible de vaincre la laideur. Mais c’est un combat, et il faut être déterminé à le livrer.

Comme Persée, c’est à nous de protéger et de préserver la beauté. Préserver la beauté, c’est s’exercer à équilibrer nos esprits. C’est une tâche difficile et nécessite qu’on y revienne régulièrement. C’est la raison pour laquelle les personnages victorieux sont disposés dans une boucle ?

L’air angoissé, Pégase symbolise toute la difficulté de cette tâche répétitive.

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