Après 33 ans, le massacre de Tiananmen reste un enjeu mondial, expliquent les militants

6 juin 2022 Mis à jour: 6 juin 2022
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Selon trois militants chinois, le Parti communiste chinois exporte sa tyrannie sur l’ensemble du monde, la communauté internationale l’ayant laissé s’en tirer à bon compte, il y a 33 ans, lors du massacre de Tiananmen.

La nuit du 3 juin 1989 aura été sanglante pour les manifestants étudiants pro‑démocratie. Les chars se sont dirigés vers la place Tiananmen, le cœur de la capitale chinoise, écrasant tout, personnes et objets, sur leur passage et soudain la place n’était que gaz lacrymogènes et balles meurtrières.

Paniqués, les manifestants hissent des corps mous sur leurs vélos, dans les bus, les ambulances, tentent de les évacuer, mais ce sont malgré tout des milliers de jeunes gens qui trouvent la mort ce jour‑là… estime‑t‑on.

La terrible nuit choque le monde entier. En réaction, le président américain, George H.W. Bush, condamne le massacre, suspend les livraisons d’armes à la Chine et impose des sanctions.

« Mais ils sont rapidement passés à autre chose », estime Li Hengqing, un des chefs du mouvement étudiant en 1989 qui vit aujourd’hui à Washington. Li Hengqing souligne que la plupart des sanctions ont été rapidement levées et que les échanges économiques ont repris.

Lors de la conférence de presse qui s’est tenue le lendemain du massacre de Tiananmen, M. Bush a déclaré : « J’ai tendance à croire que les contacts commerciaux ont mené, globalement, à cette quête de plus de liberté. Selon moi, à mesure que les gens ont des incitatifs commerciaux, que ce soit en Chine ou dans d’autres systèmes totalitaires, le passage à la démocratie devient plus inexorable. »

Qualifiant cette théorie de « ridicule à l’extrême », Yuan Hongbing, un universitaire chinois suspendu de ses fonctions pour avoir participé aux manifestations de Tiananmen, fait remarquer que la politique d’engagement de Washington avec la Chine a profité au PCC et a aidé le régime communiste à accumuler du pouvoir économique au cours des trois décennies suivantes.

Des centaines de milliers de Chinois se rassemblent sur la place Tiananmen autour d’une réplique de 10 mètres de la statue de la Liberté ( au c.), appelée Déesse de la Démocratie, le 2 juin 1989. (Catherine Henriette/AFP via Getty Images)

« La [réaction] de l’Occident a enhardi le PCC », explique Chen Weijian, un commentateur chinois qui a quitté la Chine pour la Nouvelle‑Zélande deux ans après la répression de Tiananmen. Chen Weijian a fondé un magazine chinois pro‑démocratie et fait l’objet d’une enquête pour avoir soutenu les manifestations de 1989.

Après 33 ans, « le développement économique n’a en aucun cas conduit à une Chine libre », s’indigne‑t‑il.

Au contraire, le PCC cherche à utiliser le pouvoir économique pour « changer les règles de la communauté internationale » et exporter son modèle de contrôle répressif dans le monde entier, poursuit‑il.

Chen Weijian rappelle une conversation entre le dirigeant chinois Xi Jinping et le président américain Joe Biden.

Selon Joe Biden lors d’un récent discours devant la promotion de l’Académie navale, Xi Jinping lui aurait déclaré que la démocratie allait tomber et que « les autocraties dirigeraient le monde ».

« Lorsqu’il m’a appelé pour me féliciter le soir de l’élection, il m’a dit ce qu’il avait déjà dit à plusieurs reprises », a révélé Biden le 27 mai. « Il a dit : ‘Les démocraties ne peuvent pas être maintenues au 21e siècle. Ce sont les autocraties qui dirigeront le monde. Pourquoi ? Les choses changent si rapidement. Les démocraties nécessitent un consensus, et cela prend du temps, et nous n’avons pas le temps.' »

« Il a tort », a ajouté M. Biden.

Censuré en Chine

Hong Kong était le dernier endroit à commémorer les victimes du massacre de 1989 en territoire contrôlé par le PCC, mais, au milieu d’autres restrictions visant à saper toute liberté, les autorités communistes ont interdit les veillées de masse il y a trois ans en invoquant la pandémie.

Les organisateurs de la veillée annuelle sont actuellement en détention après avoir été accusés de subversion en vertu de la loi sur la sécurité nationale. Ils font partie des plus de 150 personnes qui ont été inculpées ou condamnées en vertu de cette loi draconienne mise en place pour éradiquer toute dissidence dans ce qui était autrefois un pôle démocratique florissant.

Cette année, à la date du 4 juin, c’est par dizaine que les policiers ont patrouillé pour surveiller le parc Victoria, où se tenait auparavant la veillée aux chandelles annuelle.

La police déploie un cordon de sécurité pour contrôler la foule dans le quartier de Causeway Bay à Hong Kong, le 4 juin 2022, près du lieu où les Hongkongais se rassemblent traditionnellement pour pleurer les victimes de la répression chinoise de 1989 sur la place Tiananmen, à l’occasion du 33e anniversaire de l’événement. (PETER PARKS/AFP via Getty Images)

En Chine continentale, les manifestations de la place Tiananmen, un mouvement dirigé par des jeunes qui réclamaient des réformes démocratiques, sont toujours un sujet tabou. À ce jour, le régime communiste chinois refuse de divulguer le nom des personnes tuées ou leur nombre.

De fait, le régime essaye depuis d’effacer toutes traces de ce massacre sanglant. Sur l’Internet chinois, nulle mention du 4 juin. Afin qu’ils gardent le silence, les proches des victimes sont harcelés. Par conséquent, les jeunes Chinois ne savent rien de ce qui s’est passé cette nuit‑là, absolument rien.

Bien que le régime essaye par tous les moyens d’éliminer cette journée des annales de l’histoire, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a fait savoir que les États‑Unis « continueront à dénoncer et demander des comptes pour les atrocités et les violations des droits de l’homme commises par le régime chinois, notamment à Hong Kong, au Xinjiang et au Tibet. »

« Au peuple de Chine et à ceux qui continuent à se dresser contre l’injustice et à rechercher la liberté, nous n’oublierons pas le 4 juin », a‑t‑il déclaré dans un communiqué du 3 juin.

Des ouvriers recouvrent les caractères chinois, un des derniers hommages publics à la répression meurtrière de la place Tiananmen en 1989, sur une passerelle du campus de l’Université de Hong Kong, le 29 janvier 2022. (Photo de Bertha WANG / AFP via Getty Images)

Pandémie

Cette année, la place Tiananmen a été bouclée plusieurs semaines avant le 4 juin, dans le cadre de la politique zéro Covid du régime. Le politique extrême du zéro Covid vise à éliminer toute infection au sein de la population en imposant des confinements et des quarantaines quitte à provoquer des pénuries alimentaires et retarder les soins médicaux pour des millions de personnes séquestrées.

« Le [PCC] a décidé contrôler le virus par une approche qui n’a aucun respect pour les droits humains fondamentaux, ce qui est la même chose que ce qu’il a fait le 4 juin », affirme M. Chen.

Pour Chen Weijian, le cas de Li Wenliang, le médecin bâillonné qui était parmi les premiers à lancer l’alerte lors de l’épidémie initiale du Covid‑19 à Wuhan, montre au monde entier comment la répression du PCC affecte en réalité l’ensemble du globe. Le médecin a été condamné par la police en janvier 2020 alors que les autorités tentaient de minimiser la gravité de l’épidémie. Li Wenliang serait ensuite mort du virus.

Chen Weijian ajoute que la pandémie actuelle serait différente si le régime n’avait pas censuré le lanceur d’alerte et les autres personnes qui ont tenté d’avertir les populations.

« Enfin, le monde commence à comprendre ce qu’est le PCC maintenant. »

Luo Ya et Eva Fu ont contribué à cet article.

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