A Téhéran, les chauffeurs de taxi broient du noir à cause du virus

27 avril 2020 Mis à jour: 27 avril 2020
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Ils sont plusieurs dizaines de milliers, et sans doute autant de mécontents: à Téhéran, les chauffeurs de taxi pleurent le client, que l’épidémie de Covid-19 a fait fuir.

« Plein de taxis mais pas de passagers », se désole Mohammad, chauffeur de 52 ans, en montrant les lignes de voitures jaunes espérant une course qui ne vient pas à la station Aryachahr, grand terminal de transport dans l’ouest de la capitale iranienne.

Avec l’épidémie qui frappe l’Iran de plein fouet, et Téhéran en particulier, la situation est « catastrophique » pour toute la profession, dit-il à l’AFP.

« Comment payer le loyer, la facture d’eau, d’électricité ou encore la voiture », louée ou achetée à crédit, se demande son collègue, Homayoun, 60 ans.

Mohammed en veut au gouvernement et à son insistance sur le respect des règles de distanciation sociale, qui selon lui incitent les gens à ne pas prendre les transports en commun.

A Aryachahr, la plupart des chauffeurs ont installé dans l’habitacle de leur véhicule une cloison transparente les isolant des passagers.

En rêvant de clients, tous passent un énième coup de désinfectant sur leur voiture.

Quelques « pschitt » sur les poignées

Chanceux, Rouhollah, vient de remplir la sienne avec trois passagers. Encore quelques « pschitt » sur les poignées intérieures et il pourra partir.

Selon Aliréza Qanadan, responsable des licences à la municipalité de Téhéran, la capitale compte 80.000 chauffeurs de taxis autorisés par ses services.

-Les chauffeurs de taxi iraniens attendent le client à la gare d’Aryashahr, de Téhéran le 26 avril 2020, leurs services ont été parmi les plus durement touchés depuis l’épidémie de coronavirus du pays. Photo par ATTA KENARE / AFP via Getty Images.

Avec plus de 5.700 morts et 90.000 cas de contamination depuis mi-février, selon les derniers chiffres officiels, l’Iran est de loin le pays du Proche et Moyen-Orient le plus touché par la pandémie.

Ceux qui souffrent le plus de la situation sont les quelque « 2.000 chauffeurs de taxi attachés aux deux aéroports (de la capitale) et aux terminaux interurbains » assurant des liaisons longues distances vers d’autres provinces, explique à l’AFP M. Qanadan. « Leurs revenus ont chuté de près de 90%. »

Pour lutter contre la propagation du nouveau coronavirus, les autorités ont interdit fin mars les déplacements interurbains. Depuis le 20 avril, les Iraniens sont de nouveau autorisés à se déplacer entre les provinces mais on est encore loin d’un retour à une activité normale pour les taxis.

Sur l’ensemble des chauffeurs de la capitale, les recettes quotidiennes affichent en moyenne « une baisse de 64% » par rapport à leurs gains d’avant la crise sanitaire, dit M. Qanadan.

Les taxis circulant dans Téhéran souffrent du fait que de « nombreuses personnes utilisent leur propre voiture pour se rendre au travail par peur de la maladie », ajoute-t-il.

Une angoisse dont témoigne « Hamid », un internaute qui écrit sur Twitter: « j’allais toujours au boulot en taxi mais maintenant, avec le coronavirus, je suis obligé de prendre ma voiture et de partir de chez moi une heure plus tôt pour trouver une place où me garer ».

La municipalité favorise d’ailleurs le recours à la voiture individuelle: face au coronavirus, elle a levé les restrictions à la circulation dans les zones du centre de Téhéran, imposées en temps normal pour lutter contre la pollution.

Prolongation gratuite de leurs licences de travail

Pour les taxis et les chauffeurs privés, la reprise progressive de l’activité économique autorisée depuis le 18 avril à Téhéran tarde à produire ses effets.

« Avant le coronavirus, j’attendais maximum dix minutes pour avoir un passager, mais ces jours-ci je dois parfois rester à un coin de rue pendant deux heures », témoigne Bahram, 37 ans, conducteur de Tapsi, un équivalent iranien d’Uber.

Depuis le Nouvel an iranien, le 20 mars, « je n’ai gagné que 1.200.000 tomans (environ 70 euros au taux du marché libre), moins du tiers de ce que je touchais sans difficulté auparavant » en un mois, raconte-t-il.

Autre chauffeur affilié à Tapsi, Aliréza, 49 ans, parle lui aussi d’une chute de revenu de la même ampleur. Il dit s’en sortir pour l’instant grâce à un prêt que lui a octroyé cette entreprise.

Pour aider les chauffeurs de taxi -travailleurs indépendants, dont 13 sont morts du Covid-19 selon les chiffres de la mairie-, la municipalité a prolongé gratuitement leurs licences de travail, indique M. Qanadan.

Selon lui, l’Hôtel de Ville leur distribue également des articles sanitaires et, « aux plus vulnérables » d’entre eux, des « produits alimentaires ».

 

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