8 jours de croisière nonchalante sur l’Ayeyarwaddy, au Myanmar

L’avion s’est posé à Bhamo, au milieu de nulle part et a déversé ses quelques passagers directement sur le tarmac. A peine un souffle d’air et déjà la chaleur est enveloppante. Notre guide locale gère pour nous les contrôles des passeports avant de nous emmener en mini-van vers le port. Nos bagages nous précèdent dans un tuk-tuk bariolé qui tient à la fois du scooter et de la carriole et on se laisse happer par l’ambiance animée d’une bourgade bruyante dont les trottoirs sont envahis par les étals des vendeurs. Soudain, au détour d’une rue, apparaît l’embarcadère sur le fleuve, à peine une courte pente caillouteuse suffisante pour notre bateau, le Princess Royal, amarré entre d’étroites pirogues allongées, collées les unes aux autres.

Aéroport de Bhamo, point de départ de notre croisière, à 2 heures à peine d’un des plus beaux tronçons du cours du fleuve qui rétrécit pour se glisser entre des reliefs escarpés et boisés. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

L’équipage nous attend au pied de la passerelle en bois sans aucun parapet si ce n’est la longue tige en bambou tenue par deux matelots. Des bras se tendent pour nous aider à grimper sur le pont. On se déchausse pour enfiler des tongs sans imaginer encore que ce geste nous accompagnera durant tout le séjour au Myanmar et une petite cérémonie organisée sur le pont supérieur par le directeur de croisière nous présente notre paquebot et son équipage, tous pieds nus et vêtus d’un longyi, pagne traditionnel noué sur le devant. Dépaysement assuré !

Le ton est donné

Ce ravissant visage de fillette nous accompagnera durant toute notre croisière : peuple souriant fidèle à ses traditions dont le fameux thanaka, une pâte jaunâtre qui a un effet rafraîchissant sur la peau et protège des coups de soleil. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Au départ de Bhamo, l’Ayeyarwaddy creuse son chenal sur une quinzaine de kilomètres au cœur d’une vallée boisée parfois encaissée entre des falaises calcaires. Toute la vie du fleuve s’égrène devant nos yeux fascinés. Des pirogues effilées, de vieux bateaux-cargos lourdement chargés de marchandises et de passagers, de petites cultures de maïs, d’oignons ou d’arachides cernant des huttes construites sur pilotis, des femmes qui battent leur linge au bord du fleuve et un paysage qui ne cesse de nous émerveiller. Sont-ce des îlots ? Difficile à dire mais l’impression est là avec ces langues de terre sablonneuse qui semblent surgir dans le cours du fleuve.

Durant la saison sèche toute une vie précaire et provisoire s’organise sur ces langues de terre sablonneuse émergées du cours du fleuve. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Des nappes de jonc ondoient dans la brise légère. Certains hameaux se spécialisent dans le commerce du bois car on y prépare de vastes barges flottantes arrimées à des bambous. Bientôt elles empileront des troncs débités que des éléphants acheminent jusqu’au village. Ainsi chargées de teck, elles descendent le fleuve jusque Mandalay où les radeaux sont démantelés et les bambous vendus avec le reste. Enfin et surtout, toutes les berges sont jalonnées de pagodes, de stupas et de temples dorés aux pointes effilées finement ciselées, une vision totalement surréaliste dans un environnement aussi naturellement brut.

Contraste surréaliste à nos yeux entre les riches pagodes dorées autour desquelles se regroupent les maisons de fortune d’un village. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Première halte à Shwegu où notre arrivée attire la curiosité des habitants. Notre bateau doit se glisser entre d’autres pirogues et s’amarrer sans déranger pour autant les femmes qui s’affairent au pied du ponton à lessiver leur linge ou à baigner leur longue chevelure d’ébène avec des écorces d’acacia, un excellent shampoing naturel. L’escapade peut commencer, bien encadrée par des membres d’équipage.

Notre arrivée au port ne perturbe guère la vie quotidienne des habitants entre ferries, barques de pêche, lessive et baignade. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Ici nous sillonnerons le village en tuk-tuk d’un atelier à l’autre, à la découverte d’un savoir-faire résolument artisanal hérité des ancêtres et préservé autant par respect pour ceux-ci que pour la noblesse du travail. Ailleurs nous partirons en mini-van jusqu’au camp des éléphants où ceux-ci sont dressés pour porter des charges et travailler en forêt, obéissant à un rituel secret entre le cornac et la bête.

Impossible d’imaginer que Inwa fut capitale de la Birmanie pendant plus de 6 siècles mais elle fut entièrement détruite lors d’un tremblement de terre en 1839. La calèche est le bon plan pour visiter les temples qui ont résisté. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Nous testerons encore la calèche tirée par une mule pour une balade hors du temps sur le site de l’ancienne capitale Innwa dont les immenses vestiges, les stupas et les monastères s’éparpillent entre des petites fermes actives autour d’une ou deux vaches, quelques chèvres aux longues oreilles et des cochons. Nous emprunterons aussi des pirogues pour apprendre à pêcher à l’épervier avec l’aide des dauphins de l’Ayeyarwaddy qui forment avec les pêcheurs une équipe de choc, les premiers rabattant les bancs de poissons vers les barques, les seconds leur abandonnant une partie des prises.

Remonter le temps

Carte postale typique du pays : des moines qui se reposent avant de reprendre leur quête au soleil, des femmes accroupies de retour du marché qui échangent des marchandises, une boutique traditionnelle. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Bien sûr nous nous promènerons dans les marchés colorés entre des pyramides de légumes, des étals de fruits mûrs, des bouquets d’herbes aromatiques, des épices parfumées, des étoffes chatoyantes et de nombreux petits restos trottoir. Nous musarderons le long des berges du fleuve quand notre bateau choisira de s’amarrer dans un petit port. Katha, cadre d’un roman de George Orwell qui y vécut, donne à voir des bâtiments coloniaux aujourd’hui décrépits mais l’exposition de photos de famille des derniers occupants britanniques leur confère cette ambiance surannée de vieux décors de film.

L’accès à l’eau potable n’est pas aisé et un peu partout au bord du fleuve des particuliers offrent des jarres pleines d’eau et des gobelets pour ceux qui en ont besoin. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Nos incursions curieuses dans des petits villages riants seront toujours bien accueillies. Les chemins de terre longent des maisonnettes sur pilotis dont les façades en lamelles de bambou tressé dessinent de jolis damiers. Devant certaines maisons, une jarre et sa tasse offrent de l’eau à ceux qui auraient soif après une longue marche depuis l’embarcadère. Preuve s’il en est que l’accès à l’eau est encore un luxe, signe aussi que la vie des Birmans est ponctuée de ces gestes désintéressés recommandés par les préceptes bouddhistes.

La colline de Sagaing, point final de notre croisière, est couverte de centaines de pagodes aux coupoles blanches et aux flèches dorées. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

L’Ayeyarwaddy se révèle un axe vital pour les Birmans, fertilisant inlassablement sa terre et nourrissant les rêves d’un peuple paysan qui n’oublie jamais de vénérer ses temples dont la multitude et leur splendeur dorée éblouissante dans le ciel bleu ne cessent de nous surprendre. La croisière s’achèvera à Sagaing au pied de la colline couverte d’une myriade de stupas, de tours, de pagodes, de colonnades, de monastères et d’interminables escaliers qui mènent au sommet, à la pagode Soon Oo Ponnya Shin. La terrasse y offre une vue imprenable sur le fleuve et même sur le Princess Royal qu’on abandonnera non sans un pincement au cœur car cette croisière unique nous a permis de décoder les us et coutumes d’un peuple accueillant et respectueux, une démarche essentielle avant de poursuivre notre voyage dans ce pays aux mille pagodes.

Voyager avec Terre Voyages

Comme la langue birmane est indéchiffrable pour un Occidental et comme l’anglais est loin d’être parlé par la population, l’idéal est de s’offrir un voyage organisé avec la présence d’un guide local francophone. N’hésitez pas à contacter Terre Voyages, Boulevard de la Bastille 28 à 75012 Paris. Céline y est la spécialiste du Myanmar, on peut construire avec elle un voyage sur mesure ou partir avec un groupe www.terre-voyages.com. Organisation impeccable !

Douce soirée à Katha à bord de notre bateau à observer un art de vivre bien éloigné du nôtre. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Le Princess Royal est un bateau de croisière-boutique qui appartient à la flotte du Tint Tint Myanmar Cruises. C’est le plus petit de la flottille et sa taille demande à ce qu’il soit chartérisé par un groupe organisé dès avant le départ. Les autres bateaux plus importants (une vingtaine de cabines) accueillent plus facilement des voyageurs indépendants. Le programme s’adapte au fil des jours selon les curiosités des passagers et tiendra toujours compte des besoins particuliers des uns et des autres. Dans la formule, tout est compris à l’exception des boissons alcoolisées. Chaque soir, le bateau accoste en des lieux divers pour multiplier les expériences : bourgade animée, village de pêcheurs, île consacrée à une pagode, banc de sable pour y vivre l’expérience d’un dîner servi sur la plage, les pieds dans le sable à la lumière de lanternes en bambou et de coupelles garnies de mèches enflammées, … La serviabilité des membres d’équipage vous fait croire volontiers que vous êtes les sahibs d’une époque révolue.

La pêche est toute la richesse du fleuve pour ses habitants qui en vivent au quotidien, de quoi offrir de très jolies scènes aux voyageurs itinérants. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Le Princess Royal a fière allure avec ses 30 mètres de long et sa structure en teck brun doré chatoyant sous le soleil. Jadis c’était un bateau cargo qui transportait des bidons de mélasse jusqu’à ce qu’il soit racheté et transformé par Tint Tint Myanmar Cruises. Six cabines doubles se succèdent sur le pont moyen avec une porte ouverte sur la passerelle garnie de fauteuils en rotin. Une cabine plus spacieuse se trouve sur le pont supérieur, à côté du poste de pilotage. C’est aussi le pont de vie, là où la salle à manger ouvre sur le sun-deck où des fauteuils transat installés dos à dos pour mieux observer les alentours sont cependant protégés des ardeurs du soleil, voire de la pluie, par une toile. La cuisine, la réserve, les machines, l’espace réservé aux membres d’équipage sont au premier pont, à fleur d’eau. Notre vie se concentre sur le pont supérieur, le seul endroit qui permette de profiter de la vue sur les deux berges ou alors à l’avant, sous la fenêtre du capitaine, là où une petite brise bien agréable née du tracé du bateau diffuse une impression de fraîcheur.

Écrit par Christiane Goor et Charles Mahaux

 
 
 
 

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