En 2019, le régime chinois modifie son approche envers le Falun Gong

L’année dernière, le Parti communiste chinois (PCC) a annoncé qu’il dissoudrait, entre autres réformes, le Bureau 610, un appareil extrajudiciaire de type Gestapo établi en Chine pour mener la répression contre le Falun Gong, une pratique spirituelle traditionnelle chinoise.

Ce bureau a été créé le 10 juin 1999, d’où son nom, en anticipation de la persécution du Falun Gong, commencée le 20 juillet de la même année. Plus tard, la répression d’autres groupes religieux et pratiques spirituelles a été ajoutée à ses tâches.

Le 21 mars 2018, le PCC a annoncé une série de réformes structurelles prévues pour les organes du Parti et de l’État, ce qui permettra de concentrer davantage de pouvoir entre les mains des autorités centrales du Parti sous la direction de l’actuel dirigeant Xi Jinping. Parmi les 60 changements annoncés figurait la dissolution du Bureau 610 ainsi que de deux autres organes liés à la campagne anti-Falun Gong et au « maintien de la stabilité », l’euphémisme utilisé par le régime pour le maintien de l’ordre politique et social. Les réformes doivent être achevées en mars 2019.

Considérée séparément, cette décision apparaît comme un détail technique. Le Parti communiste a maintenu son attitude violente envers le Falun Gong depuis le début de la persécution, comme en témoignent les arrestations en cours, le harcèlement et les procès secrets des pratiquants de Falun Gong. Sous la direction de Xi Jinping, le PCC n’a fait qu’accroître le nombre de différentes violations des droits de l’homme.

Toutefois, dans le contexte plus large de la politique du régime chinois, le déclin et la fin du Bureau 610 reflètent l’intensité de la lutte entre les factions au sein du PCC. Le sort du Bureau 610 s’ajoute également à une longue liste d’indicateurs montrant que même si le Parti ne peut se permettre de cesser de persécuter le Falun Gong, cette persécution est devenue un fardeau embarrassant pour lui et sa direction.

La politique de persécution

Le Falun Gong, aussi appelé Falun Dafa, est une pratique traditionnelle chinoise comprenant des exercices, la méditation et le travail sur soi basé sur les principes d’authenticité, de bienveillance et de tolérance. Elle est devenue très populaire en Chine dans les années 1990 et était encouragée par les autorités pour ses bienfaits sur la santé : au début de 1999, les sources officielles estimaient à environ 70 millions le nombre de Chinois qui la pratiquaient. Craignant la popularité grandissante de cette pratique ainsi que son indépendance de l’État-Parti, l’ancien chef du Parti Jiang Zemin a lancé en juillet 1999 une répression du Falun Gong à l’échelle nationale, accompagnée d’une immense campagne de propagande diffamatoire.

Selon des rapports sur les violations des droits de l’homme, entre des centaines de milliers et des millions de Chinois ont été arrêtés pour avoir pratiqué le Falun Gong ou avoir manifesté en sa faveur. Des milliers de pratiquants du Falun Gong sont morts à la suite de tortures et de mauvais traitements en détention. Entre-temps, des enquêtes de plus en plus approfondies montrent qu’un nombre encore plus important de personnes ont été carrément assassinées pour leurs organes, vendus par la suite dans le cadre d’un lucratif programme de prélèvement d’organes effectué par le régime chinois.

Jiang Zemin a ordonné la persécution du Falun Gong suivant le modèle implanté dans l’histoire de la Chine communiste. Les campagnes de masse lancées par le dictateur Mao Zedong, qui a amené le PCC au pouvoir à la suite de la guerre civile chinoise, ont coûté la vie à des millions de personnes. En 1989, Deng Xiaoping, le successeur de Mao, a ordonné le massacre des étudiants qui manifestaient à la place Tiananmen, tout en purgeant les responsables réformistes des rangs du Parti.

L’argument officiel que donnait Jiang Zemin pour persécuter le Falun Gong était que ses croyances traditionnelles n’étaient pas conformes à l’athéisme marxiste du Parti communiste. Lors des réunions internes de la direction du PCC, il a fait valoir que si on ne supprimait pas le Falun Gong, cela mènerait à la « fin du Parti et du pays ».

Au début, la campagne anti-Falun Gong n’a eu que peu de soutien de la part de la population, voire même d’autres dirigeants du Parti. Cependant, l’attitude générale envers Falun Gong a changé par la suite, alors que les médias contrôlés par le Parti n’ont cessé de faire de la propagande diffamant cette pratique comme étant une dangereuse « religion hérétique ».

Des policiers en civil tabassent les pratiquants de Falun Gong sur la place Tiananmen. (Compassion Magazine)

À noter que le Falun Gong n’a jamais été officiellement interdit par la loi chinoise, ce qui est souvent mentionné par les avocats représentant les pratiquants devant les tribunaux. Toutefois, ce fait est généralement ignoré par les juges en raison de l’influence de la Commission des affaires politiques et juridiques (PLAC) du Parti communiste qui supervise les questions judiciaires.

Considérer le Falun Gong comme une question de vie ou de mort politique du Parti a donné à Jiang Zemin une licence idéologique qui lui permettait de promouvoir ses alliés et de marginaliser ses adversaires. Comme dans les campagnes politiques communistes précédentes, les fonctionnaires qui étaient les plus actifs dans la campagne anti-Falun Gong ont reçu des promotions et des prestations très généreuses.

La fatigue institutionnelle

La persécution du Falun Gong était censée amener à un succès rapide mais, au lieu de cela, elle n’aboutissait pas et est devenue un fardeau pour les dirigeants du Parti.

Au fil des ans, le PCC a élargi l’ampleur et la sophistication de son État policier. En 2011, les dépenses totales sur la sécurité étaient si élevées qu’elles dépassaient celles de l’armée chinoise. Malgré d’énormes dépenses financières et politiques, les documents internes du Bureau 610 divulgués à partir de 2013 décrivaient comment non seulement la persécution n’atteignait pas ses objectifs, mais aussi que les efforts des pratiquants de Falun Gong pour dénoncer la répression apportaient leurs fruits.

En 2017, Freedom House estimait qu’il y avait encore de 7 à 20 millions de pratiquants de Falun Gong en Chine continentale. Minghui.org, un site fondé par les pratiquants pour documenter la persécution, évalue ce nombre entre 20 et 40 millions.

Sur cette photo prise avant juillet 1999, lorsque le régime chinois a lancé une persécution à l’échelle nationale, les pratiquants de Falun Gong font les exercices dans la ville de Shenyang, province du Liaoning. (Minghui.org)

La persécution du Falun Gong a rencontré d’autres obstacles, de la pression internationale à la réticence de nombreux Chinois à se retourner contre leurs voisins et collègues respectueux des lois. Minghui.org a enregistré de nombreux cas de policiers et d’autres fonctionnaires chinois qui fermaient les yeux sur les activités des pratiquants de Falun Gong. Selon un récent rapport de Bitter Winter, un magazine en ligne consacré aux droits religieux en Chine, les agents de la sécurité publique de la ville de Dalian, dans le nord-est du pays, paient des pots-de-vin pour se soustraire à l’obligation d’arrêter les pratiquants de Falun Gong.

De nombreux fonctionnaires chinois, dont Jiang Zemin, ont été poursuivis par contumace pour leur rôle dans la persécution. Bo Xilai, un haut responsable du Parti actuellement emprisonné qui aurait eu des liens étroits avec le commerce et les prélèvements d’organes, a été poursuivi en justice au moins 10 fois. Cela a contribué au fait que Bo Xilai n’a pas été nommé vice-président chinois lors du remaniement du personnel au 17e Congrès du PCC en 2007, ce qui a retardé son ascension professionnelle.

La lutte entre factions

Le dirigeant chinois Xi Jinping s’adresse à la presse à la chancellerie allemande à Berlin, le 5 juillet 2017. (Michele Tantussi/Getty Images)

Depuis son arrivée au pouvoir fin 2012, Xi Jinping s’est engagé dans des luttes intestines intenses au sein du régime, des luttes qui ont parfois affecté la campagne anti-Falun Gong.

À part de ses violations des droits de l’homme, Jiang Zemin a également supervisé la montée de la corruption en Chine et du fractionnisme politique au sein du Parti. Il s’est retiré de ses fonctions officielles entre 2002 et 2004. Cependant, le vaste réseau d’allégeances qu’il avait créé au cours de sa direction lui a assuré un pouvoir politique durable.

Les analystes de la politique chinoise ont constaté que Hu Jintao, qui dirigeait la Chine de 2003 à 2012, était effectivement la marionnette de la faction de Jiang. Parmi les personnalités influentes proches de Jiang Zemin figurent le susmentionné Bo Xilai ainsi que Zhou Yongkang qui, en tant que patron du PLAC, a commandé les immenses forces de sécurité chinoises. Tous deux avaient bâti leur carrière en persécutant le Falun Gong.

Avant l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, Bo Xilai et Zhou Yongkang auraient conspiré pour s’emparer du pouvoir, mais leurs plans ont échoué à la suite d’un scandale en février 2012. Bo Xilai a été arrêté et condamné l’année suivante ; pendant ce temps, Xi Jinping a commencé une campagne anti-corruption massive pour purger le PCC de ses autres rivaux.

En 2013, Zhou Yongkang a fait l’objet d’une enquête, puis soumis à une purge en juin 2015. Sa chute est survenue alors que la direction du Parti sous Xi Jinping a décidé de réduire les effectifs de l’énorme appareil de sécurité et de renforcer l’autorité centrale.

Zhou Yongkang (à g.), secrétaire de la Commission des affaires politiques et juridiques du Parti communiste chinois en 2007, et Bo Xilai, en mars 2011. (De gauche à droite : Teh Eng Koon/AFP/Getty Images, Feng Li/Getty Images)

Les démarches visant à éradiquer l’influence de Jiang Zemin ont indirectement affecté la persécution du Falun Gong. Un grand nombre de ceux qui ont été purgés ont été fortement impliqués dans la répression et leur sort politique a créé un climat d’incertitude parmi les responsables de la sécurité chinoise, une tendance relevée dans divers rapports de Minghui.

La persécution elle-même a même fait l’objet de critiques subtiles. En 2016, un rapport de l’agence anti-corruption du PCC a reproché au Bureau 610 de ne pas avoir appliqué la loi ; un peu plus tôt, le poste de direction du Bureau avait été laissé vacant, un signe indiquant qu’il était tombé en disgrâce auprès la direction de Xi Jinping.

Outre le déclin du Bureau 610, d’autres événements dans la société chinoise ont amené à un léger changement de situation. Au milieu de l’année 2015, une modification du code judiciaire a permis aux citoyens chinois d’intenter plus facilement des poursuites judiciaires, ce qui a été suivie de plus de deux millions de plaintes formelles déposées contre Jiang Zemin pour avoir lancé la persécution. Cette vague de poursuites en justice peut être comparée à une action précédente, entreprise en 2000 lorsque deux plaignants ont été brutalement torturés, l’un d’eux à mort.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, un nombre peu élevé mais croissant de décisions judiciaires en faveur des pratiquants de Falun Gong a également été enregistré, ce qui aurait été impensable à l’époque de Jiang Zemin-Hu Jintao.

En 2016, un rapport interne du PLAC a reconnu certains cas de « traitement injuste » au cours de la campagne anti-Falun Gong et a recommandé que des mesures soient prises pour y remédier.

En 2016, 3 000 habitants du comté de Jianli, dans la province du Hubei, ont signé leur nom et apposé leurs empreintes de pouce à l’encre rouge sur une plainte pénale conjointe contre l’ancien chef du Parti communiste chinois Jiang Zemin. (Minghui.org)

Toutefois, jusqu’à présent, le démantèlement du Bureau 610 – et tous les autres signes indiquant que l’approche envers le Falun Gong pourrait changer – doit être vu en tenant compte du fait que le Parti communiste a continué à souligner sa domination idéologique et politique.

Un document de Minghui cite un responsable chinois anonyme disant que la persécution du Falun Gong était devenue difficile à gérer, mais que le Parti « ne veut pas rétablir complètement la réputation du Falun Gong, car ce serait une gifle à son propre visage ».

Sous la direction de Xi Jinping, la situation avec les droits de l’homme en Chine s’est aggravée dans presque tous les domaines, alors que le PCC intensifie ses persécutions contre les Ouïghours, les Tibétains, les chrétiens chinois et les autres minorités. L’idéologie communiste est également de plus en plus présente dans l’éducation et les médias.

Peut-être en raison de l’inertie, le Bureau 610 Office semble vouloir tirer le meilleur parti de ses derniers jours : d’après un document divulgué en octobre dernier via Bitter Winter, sa succursale provinciale dans le Liaoning a commencé une nouvelle campagne ciblant les pratiquants de Falun Gong et autres croyants de cette province. La fin de cette campagne est prévue en mars 2019, date à laquelle le bureau 610 doit être fermé.

Le besoin du Parti de préserver son régime autoritaire semble empêcher toute amélioration importante dans le domaine des droits de l’homme en Chine. Cependant, la crise actuelle échappe au contrôle du régime et se manifeste par le ralentissement économique, la guerre commerciale sino-américaine et les troubles sociaux. Au fur et à mesure que cette situation et autres défis s’intensifient, Xi Jinping et ses collègues pourraient se voir obligés à faire des choix sans précédent s’ils veulent préserver leur pouvoir.

Leo Trimm

Le point de vue exprimé dans cet article est celui de son auteur et ne reflète pas nécessairement celui d’Epoch Times.

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