Les Saoudiens cherchent à montrer leurs muscles

Pendant des décennies, les Saoudiens ont été des géants économiques et des nains politiques.

Pendant la majeure partie de la période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, l’Arabie saoudite, avec ses réserves de pétrole apparemment inépuisables, a été vitale pour l’Occident en tant que source d’énergie (raisonnablement) sûre et abondante. De ce fait, les États-Unis se sont engagés dans la défense saoudienne, ont fourni au pays des quantités massives d’armes de haute technologie, ont mené d’importants programmes de formation pour ses forces armées et se sont inquiétés de l’avenir d’un royaume dirigé pour l’essentiel par le pouvoir absolu.

Bien que riches comme Crésus, avec leurs partenaires baignant dans le pétrole, les Saoudiens ont constamment augmenté le prix du pétrole tout en bénéficiant d’une protection relativement gratuite de leurs clients.

En réalité, l’Arabie saoudite est une constitution politique fragile et artificielle. Elle a été fondée en 1932 avec la proclamation officielle par Abdelaziz Ibn Séoud qui a réuni quatre des régions de la péninsule arabique, pour concrétiser ses conquêtes à partir de la ville de Riyad reprise en 1902.

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Le pays reste une monarchie incontestée, une dictature héréditaire gouvernée selon les lignes islamiques par le mouvement religieux wahhabite ultraconservateur. Le gouvernement saoudien a de facto racheté les ultraconservateurs en finançant leur expansion mondiale ; en retour, les islamistes wahhabites ont adopté une attitude de vivre et laisser vivre avec les descendants d’Ibn Séoud, qui ont passé leur vie à profiter de tous les aléas de vastes richesses.

La prééminence saoudienne dans l’islam sunnite découle de l’effet de levier économique provenant d’énormes richesses, et renforcée par sa position de maître religieux de La Mecque et de Médine d’Al-Masjid al-Haram et d’Al-Masjid an-Nabawi les deux lieux les plus saints de l’islam.

Pendant plus d’une génération, les Saoudiens se sont contentés d’une influence politique internationale négligeable. La politique interne a vu un fils vieillissant d’Ibn Saud en remplacer un autre – certains par des causes naturelles, d’autres par un coup d’État de facto et un par assassinat. Mais leur objectif est resté le même : la domination politique totale de la famille royale (une estimation suggère 7 000 princes), l’indifférence à l’égard des droits de l’homme et la dépendance sur les États-Unis pour la protection militaire.

Rappel à l’ordre

Le premier rappel à l’ordre surgit avec la Révolution iranienne de 1979. Maintenant, au lieu d’un shah séculier avec qui les Saoudiens pouvaient avoir une relation bénigne, Téhéran était contrôlée par des chiites islamistes fanatiques et révolutionnaires. Par conséquent, les Saoudiens ont soutenu Saddam Hussein pendant sa guerre des années 1980 contre l’Iran, en calculant probablement que Saddam était moins à problèmes que les islamistes iraniens fanatiques.

Le rappel déterminant, cependant, a été l’invasion du Koweït par Saddam en 1990. Avec horreur, les Saoudiens ont réalisé que si les blindés irakiens avaient continué à rouler, leurs propres défenses (coûteuses) n’auraient pas suffi à empêcher la conquête irakienne. Néanmoins, avec beaucoup de réticence, les Saoudiens ont accueilli la coalition américaine qui a expulsé et annihilé les forces de Saddam au Koweït.

Il est de plus en plus évident qu’il ne suffit pas de revenir simplement au statu quo ante. Une autre guerre a fait disparaître Saddam, mais a laissé l’Irak dans un chaos houleux. Et les Iraniens se sont implacablement dirigés vers une capacité nucléaire, laissant les Saoudiens consternés que Washington ait approuvé un traité nucléaire avec Téhéran.

Le prince héritier MBS apparaît sur la scène

Face aux défis étrangers et à la pression croissante d’une population dont 70 % a moins de 30 ans et qui est soumise à des restrictions wahhabites draconiennes, l’ancien ordre se doit de plier.

Cela suscite l’émergence de Mohammed bin Salman (généralement connu sous le nom de « MBS ») à la suite d’une série de machinations rappelant Le Trône de fer (Game of Thrones). Officiellement, le prince héritier MBS régit en fait l’Arabie saoudite.

Le prince MBS a annoncé un vaste programme de réforme. Il a réduit le financement des activités internationales du wahhabisme, promis que les femmes auront le droit de conduire et arrêté 200 des ploutocrates les plus riches du pays, dont un certain nombre de princes, pour corruption, les forçant à remettre des actifs qui, selon MBS, s’élevaient à 81 milliards € (100 milliards $).

Les projets de politique étrangère de MBS ont connu moins de succès. L’Arabie saoudite reste enlisée dans les combats au Yémen, tentant de restaurer le leadership pro-saoudien. Les efforts combinés de l’État du Golfe pour dominer le Qatar et l’obliger à cesser de soutenir l’Iran, entre autres, ont endommagé le Qatar, mais le pays dispose d’une richesse suffisante pour résister à la pression.

Le prince héritier aurait également fait pression sur les Palestiniens pour qu’ils acceptent un plan saoudien visant à reconnaître les revendications d’Israël à Jérusalem et une grande partie de ses colonies de Cisjordanie. Ouvertement, MBS a fait valoir qu’Israël a « le droit d’avoir sa propre terre ».

Œuvrant à changer l’« étiquette » saoudienne, le prince MBS s’est lancé dans une offensive de charme internationale. Maintenant aux États-Unis, à la suite d’une visite en Angleterre où il a dîné avec la reine, il a rencontré un large éventail de personnalités américaines dans le domaine de l’économie, de la culture et de la politique, dont le président Donald Trump.

Le prince héritier MBS fait clairement foi en « risque élevé, gain élevé ». Il fait face à de multiples obligations. S’il réussit, il transformera radicalement l’Arabie saoudite. En cas d’échec, il sera sûrement enterré dans les sables saoudiens.

David T. Jones

David T. Jones est un haut fonctionnaire à la retraite du département d’État américain qui a publié plusieurs centaines de livres, d’articles, de chroniques et de comptes-rendus sur les questions bilatérales canado-américaines et la politique étrangère générale. Au cours d’une carrière de plus de 30 ans, il s’est concentré sur les questions politico-militaires, en tant que conseiller de deux chefs d’état-major de l’armée de terre. Parmi ses livres, mentionnons Alternative North Americas : What Canada and the United States Can Learn from Each Other Other (Qu’est-ce que le Canada et les États-Unis peuvent apprendre l’un de l’autre ?).

Le point de vue exprimé dans cet article est celui de son auteur et ne reflète pas nécessairement celui d’Epoch Times.

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